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Pour être un citoyen responsable, il faut pouvoir juger librement et faire ses choix en connaissance de cause. De ce point de vue les médias jouent un rôle fondamental. Dans certains pays, ils sont clairement des instruments du pouvoir en relayant des formes de propagande. Dans ceux où la démocratie est avancée, l'indépendance des médias est essentielle mais elle n'est malheureusement pas toujours évidente. Des formes de contrôle plus insidieuses, souvent économiques, mettent fréquemment en danger la liberté d’expression.
Des intérêts privés
On sait que les médias peuvent relayer les discours du pouvoir.
Cela a longtemps été ceux de l'Etat. Aujourd'hui
cela peut être encore le cas, mais la domination est désormais
économique. De plus en plus d’entreprises possèdent
les sources d'informations (journaux, télés etc).
Ayant des intérêts à défendre, notamment
économiques, elles ne laissent pas facilement passer des
analyses ou des informations contraires à ces intérêts.
En France par exemple, les entreprises Lagardère et Dassault,
dont l'activité principale est militaire, possèdent
des journaux, des radios et des maisons d'édition (Le Figaro,
L'Express, Paris Match, Elle, Europe 1 etc). Ces groupes sont
également proches des pouvoirs politiques (Serge Dassault
a été élu en tant que candidat UMP). En Italie,
Silvio Berlusconi, actuel président du Conseil italien,
est propriétaire de trois des sept chaînes italiennes.
On imagine la liberté dont peuvent disposer ces médias.
Par ailleurs, les financements des médias sont également
de plus en plus le fait d'entreprises ou de groupes.
En France, la redevance devait permettre de financer la télévision
puis la publicité est devenue essentielle. Cela ne contribue
pas non plus à l'indépendance des médias.
Cela les contraint au contraire à privilégier la
quantité (de lecteurs, d'auditeurs ou de téléspectateurs)
pour rentabiliser l’investissement de l’entreprise,
au détriment de la qualité des contenus. Ainsi Patrick
Le Lay, PDG de TF1, interrogé, a livré sa conception
de la télévision dans un ouvrage intitulé
"Les dirigeants face au changement" ; il y affirme clairement
: "soyons réalistes : à la base, le métier
de TF1, c'est d'aider Coca-Cola, par exemple, à vendre
son produit". Et ajoute : "Or pour qu'un message publicitaire
soit perçu, il faut que le cerveau du téléspectateur
soit disponible. Nos émissions ont pour vocation de le
rendre disponible : c'est-à-dire de le divertir, de le
détendre pour le préparer entre deux messages. Ce
que nous vendons à Coca-Cola, c'est du temps de cerveau
humain disponible".
Il est certain que de tels médias auront peu tendance à
développer l'esprit critique des citoyens ou à les
informer sur d'autres modes de vie possibles.
D'autres médias pour un autre monde
Quand on sait par exemple que les médias classiques consacrent la quasi totalité de leur temps d'information aux pays riches (ils ne consacrent de fait que 2% d’information à 80% de la planète), on mesure les lacunes qu'ils créent en termes d'information et leur manque d'ouverture sur le monde.
Heureusement, il existe de nombreux médias différents
: alternatifs, indépendants, associatifs, où l'on
peut trouver une information riche, plurielle qui permette encore
d'ouvrir les esprits et d'alimenter les débats.
Internet, idéal ?
De ce point de vue, Internet offre un espace de diffusion très
large. Ce média est certes dominé par de grands
groupes et reste majoritairement commercial, mais il permet d'accéder
quand même facilement à une information citoyenne.
Certains sites sont spécialisés dans la production
d'une information alternative, d'autres diffusent des points de
vue de pays du Sud.
Malheureusement l'accès à cet outil reste très
inégal. C'est ce qu'on appelle la fracture numérique
: la différence croissante qui existe entre les populations
qui ont accès aux nouveaux moyens d'information (principalement
Internet) et celles qui, faute de moyens ou de connaissances ne
peuvent accéder à ces nouveaux moyens d'information.
De plus, naviguer sur Internet est un processus complexe car l'information
n'est ni structurée, ni stable. L'accès à
l'information nécessite alors d'avoir accès à
l'outil informatique (les équipements coûtent chers),
de savoir l'utiliser, mais également de savoir évaluer
et sélectionner l'information. Tout cela nécessite
des moyens et une formation qui sont encore loin d'être
accessibles à tous.
Dans notre "société de l'information", l'accès égalitaire à l'information et aux bénéfices que les nouvelles technologies peuvent apporter aux citoyens du monde entier reste donc un défi.
© Ritimo, novembre 2007
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