Introduction
La question de la dette est l’un des enjeux majeurs pour l’ensemble des pays du Sud.
L’endettement est un mécanisme courant dans le développement économique. Pour les seuls États-unis, le pays le plus endetté au monde, la dette extérieure publique s’élève en 2008 à 9 394 milliards de dollars, soit plus de 31000 $ par habitant ; mais l’endettement peut devenir un obstacle majeur au développement durable : la dette des pays du Sud s’est continuellement accrue au fil des années et cela, malgré les remboursements sans cesse effectués par les pays endettés. Ainsi le stock de cette dette est passé de 8 milliards de dollars en 1960 à 2900 milliards de dollars en 2008.
De fait, la dette des Pays du Sud conduit à un appauvrissement général de ces pays. En effet, le remboursement de la dette s’élève en moyenne à 35 à 38% de leur budget.
Selon le PNUD, alors que la quantité de biens et de richesses a été multipliée par 8 depuis 1970, date à partir de laquelle leur dette a commencé à exploser, 3 milliards d’êtres humains, issus à 95% de ses pays endettés, doivent survivre avec moins de 2 dollars par jour.
En Afrique subsaharienne, la moitié des habitants est plus pauvre qu’en 1990 et le nombre de personnes vivant dans l’extrême pauvreté est passé de 242 à 300 millions au cours de la décennie écoulée. Au niveau sanitaire, encore aujourd’hui, 30 000 enfants meurent chaque jour de maladies facilement curables, mais auxquelles les pays très endettés ne peuvent faire face. De même, au niveau éducationnel, en 2007, 145 millions d’enfants des pays du Sud en âge d’être scolarisés dans le primaire (sur 700) ne vont pas à l’école. Le PNUD a estimé que 80 milliards de dollars pendant 10 ans pourraient éradiquer l’extrême pauvreté dans le monde (accès à l’eau potable, alimentation décente, éducation primaire, soins de santé de base). Or, en 2006 par exemple, les pays du Sud ont remboursé 540 milliards de dollars au titre du service de la dette ! C'est autant de ressources qui ne sont pas utilisées par les États pour la satisfaction des besoins fondamentaux de leurs population comme l’accès à l’eau potable, à une alimentation suffisante, à des soins de santé essentiels, notamment préventifs (campagnes de vaccination), à l’éducation primaire, à un logement correct, à des infrastructures satisfaisantes…
Sur le plan économique, pour rembourser la dette, les Institutions financières internationales, notamment la Banque Mondiale et le Fonds monétaire international, ont exigé des États du Sud des mesures de réduction des dépenses publiques sociales : santé, éducation, services d'intérêt général, soutien à l'économie locale et protection des marchés intérieurs fragiles ou stratégiques (agriculture). Elles ont obligé ces pays à s'intégrer aux marchés mondiaux en substituant progressivement des cultures d’exportation (coton, cacao..) aux cultures vivrières (blé, sorgho..). De même, toujours pour rembourser leur dette, ils ont été encouragés à vendre et « brader » leurs ressources naturelles (forêts, ressources minières, pétrole…), en n’encaissant qu’une partie infime des recettes, celles-ci allant aux multinationales…
Les mécanismes de l’endettement des pays du Sud, autrement dit la conjoncture économico politique qui a favorisé leur endettement, les facteurs qui ont provoqué la crise de la dette au début des années 1980 et la gestion de cette crise par les pays du Nord et les organismes financiers internationaux s’apparentent à un véritable flux de rente permanent ponctionné sur l’économie du sud et transféré vers les pays du nord, autrement dit un colonialisme sans colonie : pour reprendre les termes d’Adolfo Perez Esquivel en janvier 1999, « la dette extérieure des pays du Tiers-Monde est une Dette éternelle, un Tribut, comme au temps des colonies ».
L’aggravation des inégalités entre le Nord et le Sud peut en grande partie être attribuée à cette forme moderne d’exploitation et de pillage. Ce qui explique que la question de la dette soit devenue au fil des ans une préoccupation centrale des militants et des organisations qui luttent pour un monde plus juste. Ainsi le Tribunal de la dette organisé dans le cadre du Forum social mondial de Porto Alegre en 2002 déclare la dette du Tiers-monde "illégitime, injuste et insoutenable aux plans éthique, juridique et politique". Au Nord comme au Sud, les populations et associations se mobilisent, elles dénoncent les effets de cette dette odieuse, réclament son annulation et proposent des solutions de financement alternatives pour un développement qui corresponde réellement aux besoins des populations, notamment des plus vulnérables. Au-delà, la société civile pose la question d’une autre architecture financière internationale. Remettant en cause la logique libérale qui caractérise les choix politiques des Institutions Financières Internationales – la promotion du secteur privé et la libre circulation des marchandises et des capitaux considérées comme la bonne solution pour sortir les pays de la pauvreté -, elle réclame une réforme radicale de ces Institutions. Question dorénavant cruciale : en 2007, la crise financière déclenchée par la crise des subprimes aux États-unis s’est propagée aux grandes places financières de la planète engendrant une crise économique et financière internationale. Parallèlement à l’effritement de la domination mondiale du dollar consécutif à la crise états-unienne, la montée en puissance des grands pays émergents (Brésil, Russie, Inde, Chine) et l’apparition des fonds dits "souverains" sapent l’hégémonie économique et financière des États-unis et déplacent le centre de gravité de la finance internationale. L’économie mondiale est devenue polycentrique.
© Ritimo, Ciip, mai 2008
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