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Le commerce équitable

Introduction

Commerce… et… équitable : 2 mots qui pourraient sembler difficiles à associer. Et pourtant certains s’y sont risqués depuis plusieurs décennies.

Un peu d’histoire

Le commerce équitable trouve ses origines dans les années 60. Lors d'une Conférence des Nations Unies, plusieurs pays du Sud réclament une meilleure rémunération du travail de leur population. Ils comptent ainsi avoir les moyens d’entrer dans une dynamique de développement plutôt que de dépendre des aides. " Trade not aid  - Du commerce mais pas la charité" : cette revendication n'est malheureusement pas entendue par les Etats et les acteurs économiques. Le prix des matières premières ne cesse de diminuer et les règles du commerce international sont de plus en plus pénalisantes pour les producteurs les plus fragiles qui se trouvent face à des intermédiaires puissants et à des marchés peu transparents. Seuls quelques militants répondent à cet appel.

Une autre démarche de commerce

Le commerce équitable est avant tout une autre démarche de commerce dont l'objectif est, à terme, de modifier profondément les règles commerciales. Il est fondé sur des principes qui doivent permettre aux producteurs de vivre dignement de leur travail : relations de longue durée ; prix stables pour ne pas dépendre de l'arbitraire du marché ; préfinancement de la production pour éviter les usuriers ; respect de la justice sociale ; protection de l’environnement, transparence financière ; fonctionnement participatif et démocratique … Des études montrent que pour le million et demi de petits producteursconcernés qui font vivre plusieurs millions de personnes, le changement est positif : prix plus rémunérateurs, amélioration de leurs compétences professionnelles, meilleure approche du marché.

D’un acteur historique…

En France, l’acteur historique du commerce équitable est le mouvement Artisans du Monde qui, depuis 1974, a créé progressivement un réseau de magasins (actuellement il existe 165 points de vente AdM) pour vendre des articles alimentaires et artisanaux produits par leurs partenaires du Sud. Au cours de ces décennies, le mouvement s’est structuré : création d’une centrale d’achat (Solidar’Monde) et d’une fédération (Fédération Artisans du Monde) regroupant toutes les associations locales. Depuis sa création, Artisans du Monde intègre trois dimensions fondamentales dans ses activités : vendre, informer le public et faire pression sur les décideurs économiques et politiques.

… à de multiples organisations

Le commerce équitable étant perçu de plus en plus comme une démarche de développement durable, de nombreuses organisations de commerce équitable se créent. Deux tendances apparaissent : des organisations intégrées  qui oeuvrent sur l'ensemble de la filière (Aspal, Andines, Equiterre, Sel Artisanal…), et des organisations  de certification de produits. Le principal représentant de cette seconde tendance est Max Havelaar qui - depuis 1992 en France - a pour mission de gérer le label Max Havelaar certifiant l’équité du produit. Cette démarche a ouvert la voie des ventes en grandes surfaces. Devant le nombre d’organisations se revendiquant du commerce équitable,  la Plate-Forme pour le Commerce Equitable voit le jour en 1997. Il s’agit d’un collectif national de concertation et de représentation qui regroupe actuellement 31 organisations.
Malgré certaines divergences entre eux, ces différents acteurs reconnaissent un socle commun de valeurs et tous s’investissent dans des actions de sensibilisation et d’information et produisent des outils pédagogiques.

Une niche prometteuse pour la grande distribution et l’agroalimentaire

Depuis quelques années, les consommateurs, prenant conscience de leurs responsabilités, contribuent à faire de cette alternative un vrai phénomène de société. La grande distribution, soucieuse de répondre à leurs attentes, propose désormais des produits équitables dans ses rayons. Les multinationales cherchent aussi à se positionner sur ce créneau pour en tirer profit. Cette dynamique apporte, certes, une notoriété nouvelle à la démarche et contribue à accroître de façon significative le chiffre d’affaire de ce secteur. Et, pour les producteurs, l’amélioration des ventes est un atout positif.

La rançon de la gloire

Mais comment se réjouir de ce succès alors que la grande distribution participe largement au système que le commerce équitable dénonce. Un produit peut-il être qualifié d’équitable si son mode de distribution ne l’est pas ? Beaucoup n’acceptent pas ce mariage contre-nature.
En outre, les grandes enseignes ont largement perturbé la visibilité du commerce équitable en créant à profusion des logos et de la publicité qui revendiquent ?l’équité ? des produits. Les consommateurs sont donc amenés à s’interroger : sur quel logo peut-on fonder son choix d’achat ? Qui authentifie l’équité d’un produit ? N’y a-t-il pas récupération à des fins lucratives ?

La certification : une question fondamentale

Ces interrogations sont au coeur des débats actuels, c’est pourquoi, il était urgent de dégager une définition qui garantisse la crédibilité de ce commerce et qui donne une certification fiable des produits et/ou des organisations de commerce équitable.
En janvier 2006, après quelques trois années de négociations entre les pouvoirs publics et de nombreux partenaires, l’AFNOR, Association Française de Normalisation, publie un document intitulé ?les 3 principes du commerce équitable ?. D’après ce texte de référence, la démarche de commerce équitable implique : une relation commerciale durable, un accompagnement des organisations de producteurs des pays du Sud et une action d’information au Nord. La mention concernant les producteurs du Sud est contestée par certaines organisations de commerce équitable qui souhaiteraient voir se développer un commerce équitable local (Nord-Nord ou Sud-Sud). C’est le cas du réseau Minga.
Par ailleurs, les pouvoirs publics cherchent à soutenir et encadrer ce type de commerce. La législation française a évolué de façon significative au cours des années 2005 et 2006 afin d’encadrer juridiquement le commerce équitable. Une Commission Nationale du Commerce Equitable créée par voie législative doit apporter une reconnaissance officielle aux organisations.

Quel avenir pour le commerce équitable ?

Le commerce équitable ne représente qu’une part très faible du commerce international (entre 0,01 % et 0,02 %) mais il fait beaucoup parler de lui. D’après les sondages 9 % de Français connaissaient le commerce équitable en 2000 et ils sont 74 % en 2005. Pour les promoteurs de cette filière, cette notoriété est un succès.

Mais se pose maintenant la question de savoir comment changer d’échelle. Quelles stratégies peut-on mettre en ?uvre sans risquer de dénaturer les principes fondateurs ? Pourtant insuffler plus d’équité et de justice dans les échanges commerciaux serait un facteur important dans la lutte contre la pauvreté qui mobilise actuellement la communauté internationale.

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© Ritimo, Cdtm Paris, 2007

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